Quelle santé, quelle médecine pour les travailleurs ?

Publié le par ABABORDTOUTE

Tribune libre.

La santé nous concerne tous.

Les travailleurs, c'est chacun de nous, actif, chômeur ou retraité, chacun étant un élément d'un système économique où le travail est à la fois la source de toute richesse collective, en même temps que la source du revenu individuel ou familial, mais aussi la source de référence de ce qu'on appelle « la santé », dans un système « capitaliste ».

Comme sur beaucoup d'autres sujets en France, on évite de débattre sur certains thèmes pour lesquels un consensus est de mise. Notre démocratie est timide, à l'image de nos politiques. Bien sûr, il ne s'agit pas de timidité, mais d'évitement. Nos représentants politiques, une fois élus, ne représentent plus les citoyens, mais sont les cibles de lobbies divers, et à défaut d'idées politiques, qu'ils ne semblent défendre que lors des campagnes électorales, ont pour seuls objectifs d'arracher des contrats juteux (ventes d'armes et de matériels de guerre à des « clients » riches en devises mais peu intéressés par des avancées démocratiques, c'est le moins que l'on puisse dire).

Quel rapport avec la santé ? Nous y arrivons.

Tout d'abord, qu'est-ce que la santé ? Ecartons quelques définitions partielles et tendancieuses :

- La santé ce n'est pas un état transitoire avant une dégradation inévitable qui viendrait avec l'âge.

- Ce n'est pas le résultat d'un diagnostic établi par un « professionnel de santé » (essayons de prendre conscience de l'énormité de cette locution), à l'aide d'appareils de mesures.

- Ce n'est pas l'état jugé satisfaisant d'un individu donné à un moment T, état confirmé par un « professionnel de santé », et qui permettrait à cet individu d'exercer son activité professionnelle.

- Ce n'est pas l'absence de maladie ou d'infirmité invalidante

En bref, la santé ce n'est pas un certificat délivré par un « professionnel de santé ». N'oublions pas que ce « professionnel de santé » ne porte pas, la plupart du temps, de jugement indépendant sur l'état d'un individu, mais qu'il est lui-même dépendant d'un faisceau de réseaux institutionnels et sociaux et que son jugement, aussi subjectif soit-il, doit répondre aux injonctions, plus ou moins exprimées clairement, de nombreuses instances dont lui, mais surtout son patient, sont des rouages, à savoir :

- la société, qui, depuis les lois sur la mise à l'écart des « déviants », demande aux médecins de juger si un « patient » est apte ou pas à vivre en société (sinon elle propose des solutions : l'hôpital psychiatrique, la prison, des centres divers et variés)

- les employeurs, qui veulent éviter l'embauche de gens non aptes, selon eux, à remplir leur fonction professionnelle,

- ou qui veulent limiter les congés pour maladies (non rentables pour l'entreprise), et qui ignorent les maladies professionnelles

- les tribunaux, qui veulent savoir si un individu peut être jugé conscient et responsable lors de ses méfaits

- etc...

La médecine officielle servirait-elle à la société de garant pour juger qu'un individu est suffisamment en bonne santé pour tenir son travail, ou sa fonction sociale ?

Et encore, nous ne parlerons ici que de la santé à l'échelon individuel, en liaison avec les différents environnements (familial, social, professionnel, naturel...). En effet, ce qu'on appelle « la santé publique » demanderait à elle seule une autre analyse, puisqu'elle concerne tout ce qui, à l'échelle d'un collectif (en général, le pays, et même le monde), permet de gérer les moyens et les institutions qui ont pour finalité d'améliorer statistiquement l'état de santé de ce collectif.

La santé est ainsi un enjeu sociétal, mais aussi individuel.

Chacun, et avec raison, ressent s'il est en bonne santé ou non. Cet état subjectif est un précieux indicateur. Un individu qui se sent en forme physiquement, mais aussi psychologiquement, se dit en bonne santé. La santé, en effet, correspond à un équilibre ressenti par chacun, qui concerne l'état physique aussi bien que l'état psychologique (se sent-il bien dans son travail, dans ses loisirs, dans sa famille ou cellule de vie, avec son voisinage ou ses amis, etc...).

Nous pouvons énumérer quelques conditions importantes, qui, même si elles ne sont pas conscientes, contribuent à cet état subjectif de santé :

- des conditions de travail supportables, physiquement et psychologiquement

- une alimentation variée, riche en produits non transformés (légumes, fruits, poissons, viandes, céréales... dont l'importance est fonction de l'ordre adopté dans cette liste), et peu ou pas du tout traités

- un sommeil suffisant et serein

- un équilibre relationnel dans sa vie familiale, de quartier, dans sa vie sociale

- une activité physique en-dehors du travail, car elle est bénéfique si elle est pratiquée en-dehors des contraintes du travail (ne serait-ce que la marche, à défaut d'une autre activité)

- une ou plusieurs activités sociales

Il n'y a pas si longtemps, les personnes qui ont connu les années 60 ou antérieures se rappellent peut-être que certaines conditions favorisaient un état de santé qu'on a du mal à trouver aujourd'hui :

- l'agriculture utilisait peu d'engrais, peu de pesticides

- les conditions de travail étaient difficiles dans les grandes entreprises (usines à la chaîne, etc...), mais généraient moins de stress qu'aujourd'hui dans nombre de petites entreprises

- les gens restaient plus longtemps dans un même quartier, les rapports sociaux étaient souvent plus faciles

- les médecins connaissaient toute la famille. Ils prenaient le temps de faire le tour des problèmes qu'avaient les uns et les autres. Ils utilisaient des remèdes souvent issus des plantes ou de produits animaux, et très peu des produits de synthèse.

La dégradation des conditions de vie et de santé depuis 50 à 60 ans est liée à l'évolution de ces facteurs :

- une alimentation qui provient en grande partie de produits industriels, avec introduction de nombreux produits chimiques

- les produits provenant de l'agriculture dite « industrielle » sont eux-mêmes traités par des produits chimiques

- les « remèdes » ne sont plus naturels. Ils proviennent de laboratoires pharmaceutiques qui cherchent avant tout à faire du profit, et la santé n'est pas leur priorité. Ces « remèdes » sont des composés chimiques de synthèse

- leur priorité c'est d'obtenir des brevets qui leur permettront de vendre leurs produits

- les médecins sont sous l'influence directe de ces laboratoires et délivrent des ordonnances la plupart du temps bien fournies, alors qu'on a démontré que plusieurs molécules chimiques actives introduites dans l'organisme entraînent des effets secondaires en chaîne

- de plus, les médecins ne prennent plus le temps de connaître vraiment leurs patients. Ils visent la disparition des symptômes décrits par les patients, sans avoir une vision globale de l'équilibre de l'individu qui vient les consulter, et ignorent la réalité des effets secondaires liés aux traitements

- la mauvaise planification du nombre de médecins formés et la liberté d'installation aboutissent à des déséquilibres selon les régions, avec des « déserts médicaux »

- les conditions de travail ont évolué, la course au profit générant des situations de stress dans presque toutes les professions

Un autre facteur a pris de l'importance depuis la dernière guerre :

- la légalisation de la profession médicale,

- et la création de l'ordre des médecins ont entraîné la quasi disparition des « guérisseurs » auxquels faisaient appel la plupart des gens : rebouteux, magnétiseurs, herboristes, etc... Plutôt que d'apparaître comme un nostalgique des traitements anciens, parlons de « médecines traditionnelles », que toutes les civilisations ont développées.

Or la plupart de ces « thérapeutes » avaient une action bénéfique sur la santé, et se référaient à des méthodes de soin dites « naturelles », apprises de génération en génération, comparables à celles déployées par toutes les sociétés dites « primitives » ou les sociétés anciennes. Mais l'action législative a consacré le monopole de la médecine sur l'action de soigner les gens.

Le développement de la médecine « officielle » a été accompagné depuis la dernière guerre par le développement de la sécurité sociale généralisée. Cela a entraîné plusieurs conséquences :

- le monopole de la médecine « officielle » puisqu' elle était la seule à être reconnue et remboursée

- l'accès égalitaire de tous à des consultations médicales, ce qui est primordial

- la dépendance qui s'est vite instaurée entre patients et médecins. Les individus, étant remboursés des consultations auprès d'un médecin, s'en sont remis aux médecins pour gérer leur propre santé. Ils ne se considèrent plus comme responsables ou même acteurs de leur santé. Cela regarde ces fameux « professionnels de santé ».

Qu'a apporté la « science » pour la santé ?

- elle a apporté des moyens de faire face aux grandes épidémies, par la découverte de vaccins, mais aussi et surtout par la généralisation de mesures d'hygiène

- elle a contribué à faite évoluer la chirurgie, qui a été pratiquée depuis toujours, avec des méthodes souvent désuètes au départ

- elle a cherché à vaincre de grandes maladies apparues depuis 60 ans ou plus récemment

- etc...

Mais a-t-elle été utile en ce qui concerne la prévention, c'est à dire le mode de vie ?

Qu'apportent les médecins aujourd'hui pour la prévention ?

Nous en revenons au début de ce texte : comme les hommes politiques, les médecins n'ont plus le souci de la prévention, c'est à dire de l'amélioration des conditions de vie et de travail.

Et pourtant, avec l'aide des citoyens conscients des obstacles à cette amélioration, ils devraient :

- dénoncer les méfaits de l'agriculture industrielle sur la santé des humains et de l'environnement

- dénoncer les méfaits des pollutions engendrées par l'activité industrielle, au détriment de la santé des travailleurs et de l'environnement

- dénoncer les conditions de travail des salariés les plus exposés aux pollutions

- dénoncer la production des remèdes industriels, au moins de ceux dont on a prouvé la nocivité et les effets secondaires

- privilégier les remèdes naturels, sans effets secondaires...

Ces remèdes existent, mais ils ne sont plus connus des médecins.

Ce sont par exemple tous les remèdes issus des plantes, des tisanes aux hydrolats et huiles essentielles, en passant par bien d'autres présentations, telles les fleurs de Bach.

Si les médecins ne les connaissent plus, d'autres praticiens les connaissent et les utilisent pour leurs patients.

En effet, après un net recul des thérapies dites « traditionnelles », celles-ci retrouvent la fréquentation d'un public de plus en plus large, à la faveur de la réputation de certains praticiens, et du développement de formations professionnalisées. Par contre, la France est un des seuls pays européens à ne pas reconnaître ces formations et ces praticiens, c'est à dire qu'on leur interdit certains gestes professionnels, ils n'ont pas droit au chapitre dès qu'il s'agit de problèmes de santé publique, ils sont sous-évalués au vu de leurs vraies compétences, et bien sûr leurs consultations ne sont jamais remboursées par la sécurité sociale.

Or, qui finance la sécurité sociale ? C'est bien chaque travailleur, chômeur ou retraité...Même si l'époque semble révolue où un animateur d'émission TV « grand public » pouvait, avec l'aide active de professionnels reconnus de la « médecine officielle », ridiculiser toutes les pratiques dites « alternatives », celles-ci ne sont jamais proposées comme une possibilité valable laissée au choix des individus, elles sont rejetées dans un domaine qui frise l'irrationnel, l'illégalité, le charlatanisme.

Puisque les médecins officiels ne connaissent guère la prévention, pourquoi ne pas se tourner vers les autres thérapies, dont certaines se sont spécialisées dans la prévention. Je veux en particulier parler de la naturopathie. Cette méthode de prévention et de soin s'appuie justement sur l'alimentation, l'équilibre physique, psychologique et social.

L'être humain n'est pas une machine qui fonctionnerait ou dysfonctionnerait en-dehors de tout environnement. Or la médecine « officielle », si elle a avancé dans la connaissance de la machine, semble ignorer que celle-ci ne fonctionne pas comme une machine, justement, mais comme un nœud de relations où bien des facteurs contribuent à l'équilibre qui constitue la santé, ou aux déséquilibres que représentent les maladies. Et tous ces facteurs peuvent favoriser le retour à la santé.

Au lieu d'opposer deux formes de médecine, je voudrais plaider pour une complémentarité, et un dialogue entre ces deux formes.

L'occasion de la création d'un centre de santé pourrait favoriser ce dialogue, quitte à ce que l'association qui porte l'idée de ce centre, ou une autre, partenaire, construise un tel lieu de dialogue et de discussion entre individus désirant être acteurs de leur santé, comme entre eux et des thérapeutes de tous horizons.

Jacques Ménochet

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A
Tout à fait OK...méfions nous cependant des charlatans..<br /> En ce qui concerne le "centre de santé,"s'il existe un jour,il appartiendra à son conseil d'administration<br /> de définir ses actions et orientations.
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