24 juin 2010 Suite du débat sur l'écologie
Il y a eu quelques échanges de mails entre Philippe et moi suite à l'article "Ecologie et politique". Comme ces échanges ont pris de l'ampleur, je publie ma dernière réponse directement sur le blog, comme un nouvel article.
Jacques Ménochet
Puisqu'il faut revenir encore au point de départ de cet échange, lorsque j'ai évoqué l'action originale autour de l'opposition au CD122, c'était suite à l'AG durant laquelle certains participants racontaient qu'ils étaient présents lors de cette action (je n'y étais pas personnellement), et qu'ils avaient été d'emblée mal à l'aise; un autre participant a essayé de synthétiser ce « malaise » en demandant : « parce qu'il n'y avait que des bourgeois ? ». Je n'ai d'abord pas vraiment embrayé là-dessus, en profitant même pour dire : « il faut distinguer la forme et le fond ».
En réfléchissant après coup, j'en suis arrivé à comprendre ce malaise, et j'ai essayé de le mettre en mots, en profitant alors pour tenter une réflexion plus globale sur le traitement de l'écologie dans les différents groupes sociaux, réflexion que je ne vais pas reprendre ici.
Par contre, il est vrai que je ressens souvent personnellement ce même type de malaise, et c'est lorsque je suis aussi en présence d'un groupe qui semble homogène dans sa composition sociale, et dans son positionnement politique, et éloigné de mon propre positionnement social et politique. Je crois que, au sein d'un société comme la nôtre, chacun se situe assez vite dans la sphère sociale, et dans la sphère politique. L'évolution souhaitable est alors de développer une « conscience de classe » et une « conscience politique », et de pratiquer non pas un refus intolérant des autres positionnements, mais une analyse critique qui permette d'atteindre à un débat démocratique et d'y défendre des positions permettant d'énoncer des « finalités à visée universelle », comme la défense de l'accès pour tous aux « biens communs », une réduction importante des inégalités, une égale dignité pour tous, des conditions de vie et de travail décentes pour tous, etc... Par contre, observer une mobilisation trop homogène socialement et politiquement autour d'une cause pose toujours question. Seul un combat qui rassemble des citoyens hétérogènes socialement peut avoir une portée universelle.
Parler de la classe ouvrière avec des accents marxistes peut paraître dépassé. Mais le risque de ne plus le faire, c'est de banaliser cette constatation qu'il n'y aurait plus qu'une classe moyenne, ou, comme le fait Philippe, que la classe ouvrière se serait accommodée du capitalisme et ne chercherait qu'à améliorer sa situation au sein de ce mode de production. C'est oublier un peu vite que le capitalisme s'est durci depuis 30 ans, qu'il continue à être une machine à broyer les hommes et que les premières victimes en sont les chômeurs, les travailleurs précaires, les ouvriers et les employés. Ce sont avant tout les autres qui se sont accommodés de ce mode de production : les classes moyennes supérieures, les cadres, etc...
Ce qui a changé avec le surgissement des questions écologiques, c'est qu'on ne peut plus prôner une suppression des classes sociales qui passerait par un durcissement d'une lutte de classes, parce que la solution est beaucoup plus complexe et doit tenir compte du fait que les hommes sont partie prenante de l'environnement, de la nature, et que leur activité ne peut plus viser une « croissance » aveugle alors que les conséquences de cette activité contribuent à détruire cet environnement.
Par contre, les premières victimes du mode de production capitaliste, destructeur de la santé des hommes et de l'environnement, ces victimes directes ne peuvent se désintéresser de ce combat. Ce que j'essayais de montrer c'est que le combat antilibéral s'adresse à un état et à une économie qui contribuent à ces destructions humaines et environnementales. C'est devenu le même combat. Donc l'écologie ne peut pas être un combat égoïste, mais doit se partager entre tous ceux qui ajoutent la « conscience écologique » à la conscience de classe.
Jacques