jours heureux !
Après la séance du jeudi 12 décembreau Cinéville de Concarneau, en présence du réalisateur, voici quelques réflexions à partager avec vous tous ...
Le film "les jours heureux" de Gilles Perret ( pour ceux qui ne l'ont pas vu, voici la bande annonce :
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19538966&cfilm=222172.html
Voir tant de monde se presser à la séance de 20h30, c'est tout d'abord un peu d'optimisme qui gagne du terrain... Nous avons tous le message en tête, nous sommes tous réunis pour imaginer d'autres lendemains.
En avons nous la volonté et le courage ?
Le courage.
Le courage, c'est la première chose qui frappe quand le film déroule ces interviews magnifiques d'hommes très agés et désormais souvent disparus qui, malgré la peur, se sont lancés à corps perdus dans la Résistance.
Courage physique s'il en est, et abnégation totale, parce que chacun risque sa peau, chacun sait à quelle torture il peut être soumis, connait les monstrueuses embûches d'un terrain miné par une histoire prévisible que personne ne voulait voir. Nous n'en sommes pas là aujourd'hui - pas encore ...mais si l'on ne fait rien, qui peut le dire ? - Tout d'abord c'est cette absolue fraternité qui mérite d'être mise en exergue de toute action politique.
Dans la situation où nous sommes c'est pourtant plus encore un courage intellectuel et politique qui devrait être notre boussole. Car eux aussi, ces hommes, ont osé inventer ce que personne n'avait osé jusque là dans notre pays, une égalité fraternelle dans une société renouvelée et parfaitement utopique. Le courage d'un engagement qui ne se déroule pas qu'au présent mais imagine l'avenir dans l'intérêt de tous, c'est à dire le mieux être du collectif et la liberté individuelle retrouvée. Comment concilier l'équation ? Ils ont cherché, ils ont trouvé !
C'est en voyant nos frilosités, ( je m'inclus dans le lot ! ), nos renoncements, nos atermoiements, qu'on mesure le chemin à parcourir. Comment faire aujourd'hui? comment "réinventer" et ne pas se laisser déposséder ? A la sortir du film on discute avec quelques amis, Et puis chacun retourne chez lui. Tranquillement, ou pas. On a un peu honte, mais on est fatigués... le courage, c'est où qu'on l'achète ? Est ce que la situation n'est pas encore assez grave pour que nous rentrions à nouveau en Résistance. Je veux dire, pas seulement avec des mots ?
Pas de réponse.. le monde a changé, n'est ce pas !
Le conflit.
Ce courage est aussi celui qui accepte le conflit, qui refuse la mollesse du consensus.
Les âpres négociations qui ont amené le projet du CNR n'ont en rien été des discussions de salons, mais ce qui frappe, c'est à la fois l'honnêteté intellectuelle, et aussi cette capacité à faire du conflit un moteur du "plus". Personne ne démissionne face à ses convictions, au contraire, ils essayent d'ajouter , d'enrichir le projet de toutes les idées, de toutes les énergies, sans retrancher . Ainsi , même si tel ou tel n'est pas d'accord avec l'ensemble des mesures , il est sûr de trouver dans le projet ce qui lui tient à coeur.
Je me dis que dans des périodes où des négociations se retrouveront tôt ou tard à l'ordre du jour, il n'est pas question d'écraser le partenaire , mais à chaque fois, d'intégrer une nouvelle idée, une nouvelle proposition , une nouvelle exigence dans le dessein final. Peut être est ce cela qui, au bout du compte mène à l'utopie réalisable : ne pas renoncer , mais accepter d'e développer, même ce qui ne vient pas de soi ?
Les relais.
La situation particulière de la Résistance en temps de guerre a empêché ce genre de "grand messe" où l'on brasse des idées sans pouvoir espérer qu'elles soient suivies d'effet. Un spectateur a judicieusement posé la question de la réalisation "collective" du programme de la Résistance.
Il apparait que dans l'espace du danger extrême où se trouvait plongé ses concepteurs, peut être ces élaborations ne furent elles pas un produit directement venu de l'ensemble des protagonistes. Mais je vois un peu les écrivains du projet comme des Relais. Il est évident qu'ils n'ont pas pu imaginer autant de mesures révolutionnaires sans avoir une connaissance, une écoute humble du quotidien des hommes et femmes du pays. On nous dit dans le film que la classe ouvrière était très largement représentée dans les actions de Résistance . C'est probablement à la fraternité du combat, mais aussi à l'exigence de dignité d'un peuple malmené bien en deçà de la période où elle se manifeste, que la Résistance peut écrire son programme, trempé dans la précarité, la souffrance et la triste condition de ceux qui la composent majoritairement.
Où sont aujourdhui les Relais de tous les gens qu'on malmène encore, qui sont les plus fragilisés et qui, donc, ont le plus à perdre dans l'effacement sournois, ou avéré , des acquis de 1945 ? Ne devraient ils pas être dans nos rangs et se faire l'écho amplifié de cette immense détresse ? Quelle responsabilité est la nôtre d'avoir laissé les requins actuels du FN et autres prendre la place de ces relais populaires ?
la Finance.
Une spectatrice a également posé une question intéressante sur l'idée que se faisaient à l'époque les membres du CNR sur le financement de leur programme. La réponse est qu'ils ne mettaient absolument pas en avant cet aspect des choses. Quelle belle leçon !
A dire vrai, et malgré les pleureuses qui ne manquent pas, en Conseil Municipal et ailleurs, de se plaindre de la diminution des budgets en général, on sait parfaitement qu'avec l'argent dont dispose le pays, on aurait largement les moyens de révolutionner l'organisation des services publics, et la sécurité des travailleurs. La première chose est, on l'a souvent évoqué, qu'on pourrait effacer les dettes abyssales contractées par les Etats pour le seul enrichissement de quelques uns, et aller prendre l'argent "là où il est".
Mais d'une façon plus terre à terre et pragmatique, pour revenir à la réalité municipale, on peut être légitimement scandalisés de voir que les projets d'une Ville, ou l'utilisation des fonds publics sont trop rarement affectés au service du plus grand nombre, aux visées de l'intérêt général, et du mieux vivre de l'ensemble des habitants. Mais tendent à favoriser de façon récurrente des satisfactions "d'image", des réalisations de prestige et des projets sans intérêt direct pour la population. Il n'est que de constater le désintérêt général pour la chose politique , une fois que les gens ont compris qu'on vend leur ville au plus offrant ou qu'on leur refuse les services publics auxquels ils auraient droit ( grâce à leurs impôts) au bénéfice d'entreprises privées... qui partent quelquefois avec l'argent du magot ! Il semble que même les petits entrepreneurs des territoires, et les réalisateurs économiques de proximité ont compris que tout cela continuera à leur échapper si on ne change pas de théorème. Les gens s'en prennent à "l'Etat" ou à la "Collectivité" qui taxe et ne donne pas assez : la responsabilité de tous les élus est alors effectivement engagée dans ce domaine quand ils oublient ce qui guida autrefois les membres du CNR , et qui leur permit de trouver au final l'argent nécessaire à ces projets utopiques et généreux.
Au terme de cette réflexion je ne peux pas imaginer qu'on ne puisse pas trouver parmi les 300 ou 400 Concarnois qui remplissaient la salle l'autre soir les énergies nécessaires au soutien d'un projet différent. Un projet qui tendrait à changer en profondeur les données de la vie municipale actuelle. Laquelle est en train d'exclure tout à fait du paysage ces gens simples qui furent autrefois les plus courageux , au profit de réalisations de papier glacé et de travaux routiers comme symboles de la Vie d'une ville ( dixit le maire) ... si l'on ne fait rien , que devient Concarneau dans l'avenir, que devient l'esprit résistant , que devient la jeunesse ?
d.dieterlé