Solidarité et écologie, les oubliées du social-libéralisme
Le livre d'Hervé Kempf "Comment les riches détruisent la planète" est paru en 2007. Il est maintenant disponible en poche (coll. Points). Philippe, qui en a fait une lecture récente, souhaite que ses thèmes majeurs soient débattus au sein d'ABT. A l'heure où un gouvernement dit de gauche n'a de cesse de courir après la croissance, une finalité économique maintenant insoutenable, il est temps de revenir à des choix politiques qui sont complètement occultés par cet objectif, à savoir la nécessité de l'écologie et de la lutte contre les inégalités. Le progrès est derrière nous, la solidarité et l'écologie sont les seules voies de l'avenir.
JM
Voici l'extrait choisi par Philippe :
" Troisième force flageolante, la gauche. Depuis que sa composante social-démocrate en est devenue le centre de gravité, elle a abandonné l'ambition de changer le monde. Le compromis avec le libéralisme l'a conduite à en adopter si totalement les valeurs qu'elle n'ose plus qu'avec la plus extrême prudence de langage déplorer l'inégalité sociale. Elle manifeste de surcroît un refus caricatural de s'intéresser réellement à l'écologie. La gauche reste confite dans l'idée du progrès tel que le concevait le XIXème siècle, croit encore que la science se fait comme du temps de Louis Pasteur, entonne le chant de la croissance sans la moindre trace d'esprit critique. Plutôt que de parler de "social-démocratie", d'ailleurs, il serait sans doute plus pertinent de parler de "social-capitalisme". Mais pourtant, les défis du XXIème siècle peuvent-ils être relevés par les fils d'une autre tradition que celle qui plaçait l'inégalité au premier motif de sa révolte ? Ce hiatus est le cœur de la vie politique. La gauche renaîtra en unissant les causes de l'inégalité et de l'écologie- ou, inapte, disparaîtra dans le désordre général qui l'emportera comme le reste.
Et pourtant, soyons optimistes.
Optimistes, parce que, toujours plus nombreux, nous comprenons, contre tous les conservateurs, la nouveauté historique de la situation: nous vivons une phase nouvelle, jamais vue, de l'histoire de l'espèce humaine, le moment où, ayant conquis la Terre, atteignant ses limites, elle doit penser autrement son rapport à la nature, à l'espace, à son destin.
Optimistes, à mesure que la conscience de l'importance historique des enjeux actuels se répand, à mesure que l'esprit de liberté et de solidarité se réveille. Depuis Seattle et la contestation de l'Organisation mondiale du commerce en 1999, le balancier a commencé à revenir dans l'autre sens, vers une préoccupation collective des choix de l'avenir, recherchant la coopération plutôt que la compétition. La bataille plutôt réussie des OGM quoique inachevée, le maintien par la communauté internationale du protocole de Kioto en 2001 malgré le retrait des Etats-Unis, le refus des peuples européens de participer à l'invasion de l'Irak en 2003, le rejet du projet capitaliste de Constitution Européenne en 2005 (...) sont les signes que le vent de l'avenir recommence à souffler. Malgré l'ampleur des défis qui nous attendent, les solutions émergent, et renaît l'envie de refaire le monde face aux perspectives sinistres que promeuvent les oligarques."
Comment les riches détruisent la planète, d'Hervé Kempf collection Points Essais p118-119 et 120